Après des années à vouloir retrouver une Space Harrier, j’ai enfin remis la main sur une borne Sega originale. Pas une borne parfaite, pas une borne prête à brancher et à jouer, mais une vraie machine avec son histoire, ses pièces improbables, sa poussière des années 80 et assez de stock à l’intérieur pour me faire capoter.
Le plus fou dans tout ça, c’est qu’elle a coûté 200 $ US. Oui, 200 $. Il y avait du travail, beaucoup de travail, mais le cabinet avait survécu, l’écran était présent et une bonne partie du matériel Sega original était encore là.
La trouvaille d’Allentown : une Space Harrier convertie en Enduro Racer
Tout a commencé à Allentown, dans le coin marché aux puces de l’expo. C’est le genre d’endroit où il y a des pinballs, des PCB, des playfields, du rétro gaming et des trouvailles qui peuvent complètement faire dérailler un plan de voyage.
Après avoir fait le tour, je suis tombé sur ce cabinet. À première vue, ce n’était pas exactement une Space Harrier complète. C’était une ancienne conversion en Enduro Racer, un autre jeu Sega sorti sur une plateforme matérielle apparentée.
La conversion expliquait plusieurs détails bizarres, notamment le guidon de moto, la plaque de métal au bas de la borne et certains branchements. Enduro Racer demandait de tirer fort sur le guidon pour simuler les sauts. À force, le cabinet pouvait avoir tendance à basculer vers l’avant. Sega avait donc ajouté une plaque de métal de protection à l’avant.
Cette plaque, lourde comme le péché, a eu un effet secondaire merveilleux : elle a protégé une section du cabinet qui est souvent abîmée ou carrément cassée sur les Space Harrier. Le plateau avant était donc en excellente condition. Pour une machine de cet âge, c’était une vraie bénédiction.
Le vendeur devait s’en départir parce que son amour, c’était Enduro Racer. Moi, mon amour, c’était de ramener ce cabinet à son état Space Harrier. L’entente était faite.
Ramener une borne d’arcade sous la pluie, avec des couvre-matelas
Le défi suivant n’était pas de l’acheter. C’était de la ramener.
Un énorme merci à Sébastien et son pickup, sans qui cette histoire aurait été très différente. Il a aussi fallu embarquer les bagages dans des couvre-matelas pour pouvoir protéger et attacher la borne. Le tout sous une pluie battante, parce qu’évidemment, pourquoi faire simple?
Au retour, tout avait survécu. La borne, les bagages, les nerfs de tout le monde. Rien que pour ça, c’était déjà une victoire d’équipe.
Première inspection : beaucoup plus de pièces que prévu
Une fois la borne rendue à l’atelier, première mission : enlever la plaque de conversion, retirer le guidon et commencer un nettoyage sérieux. Ensuite, il fallait absolument ouvrir l’arrière pour savoir ce qui restait réellement dans le cabinet.
Le cadenas était particulièrement étrange, avec une fente décentrée et une clé que je n’avais évidemment pas. Après une tentative de perçage, un peu de persuasion mécanique et quelques jurons, la porte a fini par ouvrir.
Et là, surprise totale. Il y avait encore énormément de matériel :
- Le faisceau de câbles du panneau de contrôle.
- Les commandes de volume, test et service.
- Les deux haut-parleurs originaux.
- Le transformateur et l’alimentation Sega.
- Les connecteurs, ribbon cables et câbles d’origine.
- Une carte de RAM et une carte de son.
- Des supports, vis, rondelles, ressorts et pièces de fixation.
- La documentation interne et les réglages de tarification Space Harrier.
Pour 200 $, c’était complètement absurde. Ce n’était pas une coquille vide. C’était une machine qui avait gardé son cœur, même si elle avait changé de jeu au fil des années.
Nettoyer avant de mettre le jus
Le nettoyage a pris une importance énorme dans cette restauration. La borne était remplie de poussière, de toiles d’araignée, de résidus de gomme et de tout ce qui peut s’accumuler dans une arcade qui a vécu plusieurs décennies.
On a commencé par la base, les panneaux et l’intérieur du cabinet. On a aussi retiré le bezel, remplacé ou récupéré les pièces de fixation nécessaires et remis un marquee Space Harrier. Même avant que le jeu fonctionne, le cabinet commençait déjà à reprendre sa signature visuelle.
La règle était simple : pas question d’alimenter une vieille borne sale sans l’avoir inspectée. Ce n’est pas le moment de jouer au cowboy avec une alimentation, un transformateur, un tube cathodique et des PCB Sega de collection.
Le moniteur Nanao Sega : nettoyage, condensateurs et diagnostic
L’écran Nanao Sega était encore présent dans la borne. C’était une excellente nouvelle, mais son état demandait une inspection complète. Le tube et le châssis étaient sales, et plusieurs gros condensateurs méritaient d’être remplacés avant tout test sérieux.
Le démontage était franchement plus compliqué que prévu. Pour accéder correctement au châssis, il fallait dévisser plusieurs armatures métalliques et retirer une grosse section arrière. C’est typiquement le genre de conception qui te fait dire : « Sega, je t’aime, mais pourquoi? »
Un nettoyage majeur et le remplacement de plusieurs condensateurs ont été faits. Le cap kit n’était pas entièrement complété à ce moment-là, faute d’avoir toutes les valeurs sous la main, mais les composants les plus critiques ont été changés.
Alimentation : sécuriser le courant avant de tester les cartes
Avant de brancher les PCB, il fallait refaire l’alimentation correctement. Le câble de courant original avait vraiment connu de meilleurs jours et n’avait même plus sa broche de mise à la terre. C’était suffisant pour justifier son remplacement.
On a nettoyé l’alimentation, remplacé le câble, installé un nouvel interrupteur et vérifié chaque fusible. La continuité était bonne, les valeurs étaient correctes, les soudures du transformateur étaient solides et rien n’était oxydé de façon inquiétante.
Premier test : 5,1 V à la sortie. Ensuite, environ 103 V pour l’alimentation du moniteur. C’était exactement le genre de résultat qu’on voulait avant de connecter les cartes réparées.
Premier démarrage : les PCB répondent, l’écran non
Les cartes Space Harrier fonctionnelles ont été installées, avec la carte de son, les ROM, les câbles vidéo et les alimentations requises. Les LED sur les PCB s’allumaient. Aucun fusible ne sautait. C’était prometteur.
Par contre, au premier démarrage, pas d’image exploitable. Pas de son non plus. Le jeu semblait vivant, mais la borne refusait encore de montrer ce qu’elle avait dans le ventre.
La première erreur était toute bête, mais importante : le connecteur du yoke du moniteur n’était pas branché. Une fois reconnecté, le tube a commencé à réagir. On entendait enfin la haute tension, l’image apparaissait, mais avec un effondrement vertical et des problèmes de synchronisation.
Réparer l’image et retrouver le son
Avec l’aide de Marc, le problème du moniteur a été isolé dans le circuit vertical et horizontal. Une intervention sur le module concerné, suivie de réglages de position et de taille de l’image, a complètement changé la situation.
Enfin, une belle image Space Harrier est apparue sur ce superbe écran japonais 100 V. Ça valait largement la peine de se battre avec ce châssis.
Le son, lui, avait son propre problème. La carte audio provenant d’un Enduro Racer plus récent n’était pas compatible avec Space Harrier. Heureusement, une carte audio issue de mon ancien cabinet bootleg était compatible. Elle a permis de rétablir le son, avec l’ajout d’une alimentation 12 V nécessaire.
Entendre enfin les sons de Space Harrier sortir de la borne, c’était un de ces moments complètement irréels. L’image, le marquee, les PCB et le son étaient maintenant réunis.
Refaire le panneau de contrôle et le faisceau de câbles
Le panneau de contrôle était une reproduction bootleg, mais une reproduction très fidèle à l’original. Il restait à l’adapter correctement au câblage de la borne Space Harrier.
Cette étape demandait de travailler avec les schémas et les pinouts. Les connecteurs utilisés pour Enduro Racer ne correspondaient pas directement aux besoins de Space Harrier. Il fallait identifier chaque fil, déplacer certaines pins et refaire les connecteurs mâles et femelles de manière propre.
Les entrées à rétablir comprenaient notamment :
- Le 5 V et les masses.
- Le bouton Start.
- Les tirs.
- Les directions haut, bas, gauche et droite.
- Les potentiomètres du yoke.
- L’éclairage du panneau de contrôle.
Une partie du pinout était déjà similaire, ce qui a sauvé beaucoup de temps. Seulement quelques fils ont dû être déplacés pour les entrées Start et Shot. Une fois le faisceau repinné, un premier test a permis de créditer la machine, de démarrer une partie et de tirer.
À ce stade, le contrôle était encore imparfait, avec des directions inversées, un bouton instable et des reboot causés par un connecteur 5 V trop flaky. Mais le jeu démarrait. Space Harrier était en train de revenir pour vrai.
La manette, les boutons et le fameux soufflet en caoutchouc
Le yoke était une des pièces les plus importantes de la restauration. L’ancien joystick de conversion était loin du compte. On a donc installé une vraie manette Space Harrier, remise en état, nettoyée et équipée de son fameux soufflet de caoutchouc.
Le panneau a aussi reçu le bon bouton Sega, en remplacement d’un bouton Atari qui n’avait pas d’affaire là. Les lumières du panneau ont été préparées avec des sockets et une solution d’éclairage alimentée en 5 V.
Il restait des petites bizarreries, notamment une gâchette qui cessait de fonctionner une fois la poignée entièrement assemblée. Le diagnostic a finalement révélé que la languette de la gâchette n’était pas assez pliée vers l’arrière. Une différence minuscule empêchait le mécanisme d’actionner correctement le switch.
Une fois corrigé, la gâchette fonctionnait. Les boutons répondaient. Le yoke contrôlait le jeu. Là, on était vraiment dans la bonne affaire.
Les derniers réglages : image, éclairage et son d’attract mode
À ce stade, il ne restait plus seulement de gros problèmes. Il restait les détails qui font qu’une borne cesse d’être un projet et devient une machine qu’on veut mettre sur le plancher.
Quelques ajustements ont été faits sur l’image, notamment le focus et le bleu qui bavouillait légèrement. Les bonnes vis ont aussi été trouvées pour fixer solidement le panneau de contrôle.
Il fallait également régler le son en attract mode. Space Harrier peut être charmant avec sa musique et ses sons d’extraterrestres, mais entendre une mort en boucle pendant des heures, c’est le genre de chose qui fait virer le monde fou.
La solution était dans les DIP switches. En mettant le switch B numéro 2 à off, le demo sound est désactivé. Le premier switch doit toutefois rester à on afin de conserver la configuration upright plutôt que deluxe.
Pas de free play? Ajout d’un bouton crédit réversible
Space Harrier ne se met pas simplement en free play comme certaines autres bornes Sega. Plutôt que de modifier la monnayeur ou de jouer avec des 25 sous, j’ai ajouté un bouton de crédit dans la coin door.
L’objectif était de garder l’ajout réversible. Pas question de couper sauvagement le faisceau original. Une petite rallonge avec des connecteurs a permis d’ajouter le bouton sans mutiler le câblage Sega.
Un appui, des crédits. Start, et c’est parti.
La Space Harrier retrouve enfin sa place
La borne a finalement pris place dans la collection, pas très loin de Miss Pac-Man, en attendant de réorganiser l’espace. Parce que oui, le dernier problème d’une restauration réussie, c’est souvent simplement de trouver où mettre la machine.
Mais il y a quelque chose de particulièrement spécial dans cette finale. Devant moi se retrouvent maintenant quatre machines Sega mythiques associées à Yu Suzuki :
- Out Run
- After Burner
- Hang-On
- Space Harrier
J’ai déjà eu certaines de ces machines, je les ai vendues, puis j’en ai retrouvé d’autres. Space Harrier, elle, me manquait depuis presque dix ans. J’avais eu un bootleg, mais retrouver une borne upright originale, la ramener d’Allentown et la refaire fonctionner, c’est une autre histoire.
Voir ces quatre jeux de super scaling réunis, jouables et visibles à quelques pas les uns des autres, ça me remplit de joie. C’est exactement le genre de moment qui rappelle pourquoi on garde des PCB, des pièces, des vieux plans, des connecteurs impossibles à trouver et des machines qui prennent beaucoup trop de place.
Une restauration d’équipe
Cette Space Harrier n’aurait jamais été rendue là sans l’aide de plusieurs personnes. Merci à Sébastien pour le transport depuis Allentown, à David pour les nombreuses heures de démontage, nettoyage, câblage et assemblage, à Marc pour la réparation des cartes et du moniteur, et à Jeff pour la manette remise en état depuis déjà plusieurs années.
Cette borne est une restauration de patience, de connaissances partagées, de pièces conservées au bon moment et de belle amitié. Maintenant, elle roule. Et franchement, elle arrache sa race.