Dans les années 1990, SEGA régnait sur les salles d’arcade. Virtua Racing avait lancé la magie sur Model 1, puis Daytona USA et SEGA Rally Championship avaient gravé cette domination dans le marbre avec le Model 2. Ensuite, le Model 3 est arrivé et ressemblait franchement à de la technologie du futur déposée dans le présent.
Ce hardware a produit une série de jeux de course aussi variés que spectaculaires, du rallye pur et dur à l’ambulance lancée à toute berzingue, en passant par le ski, la moto Harley et même une curiosité nautique pratiquement introuvable. Voici mon classement personnel des huit grands racers Model 3, du moins indispensable au sommet absolu.
8. Harley-Davidson & L.A. Riders, une belle attraction qui s’épuise vite
Harley-Davidson & L.A. Riders est un jeu agréable, mais qui perd une bonne partie de son charme hors de sa véritable borne d’arcade. Avec un meuble dédié, des commandes physiques et l’imaginaire Harley-Davidson, le jeu doit faire une sacrée première impression. À la maison, l’expérience paraît beaucoup plus tranquille.
Le principe est celui d’une course contre la montre à checkpoints sur une grande carte ouverte de Los Angeles. En configuration standard, il faut rallier cinq destinations. Les checkpoints apparaissent dans un ordre aléatoire, mais le nombre de lieux disponibles reste limité. Après quelques parties, on connaît donc assez vite l’ensemble de la ville.
Le défi consiste surtout à tracer l’itinéraire le plus rapide tout en évitant voitures, trottoirs et obstacles. La conduite fonctionne bien, avec une direction classique et un frein arrière utile pour effectuer rapidement un demi-tour. Les environnements sont réussis, mais les motos et leurs pilotes restent les véritables vedettes.
Le souci, c’est le manque de profondeur. C’est l’un de ces jeux SEGA volontairement extravagants qui impressionnent immédiatement, mais dont la rejouabilité finit sur la banquette arrière. Cela reste une curiosité très correcte à essayer, surtout pour les amateurs de Harley et de Los Angeles, mais c’est le point faible de cette sélection Model 3.
7. Emergency Call Ambulance, le chaos médical en mode arcade
Emergency Call Ambulance est une proposition tellement bizarre qu’elle en devient immédiatement attachante. Le jeu abandonne les courses conventionnelles pour des missions de secours. Pas de sélection de véhicule, on est jeté directement dans une intervention avec une ambulance et un patient critique à livrer à l’hôpital.
La santé du blessé sert de jauge de vie. Il faut suivre les indications de direction, limiter les collisions et arriver avant qu’il ne soit trop tard. Le contraste entre l’enjeu supposément vital et l’action d’arcade totalement excessive est fantastique. C’est grave, absurde, bruyant et très SEGA.
La présentation est excellente. Les modèles de personnages sont massifs et les séquences avant mission ont ce charme très fin des années 1990, avec une énergie qui rappelle The House of the Dead. Heureusement, elles peuvent être accélérées après plusieurs tentatives.
La conduite reste simple et efficace, mais le jeu manque de nuances. Malgré l’impression de liberté, les missions sont largement linéaires et se résolvent généralement avec un seul itinéraire imposé. Avec une structure davantage inspirée de Crazy Taxi, il aurait pu devenir quelque chose d’encore plus spécial. En l’état, c’est une curiosité savoureuse, mais les missions perdent de leur intérêt dès qu’elles sont mémorisées.
6. Ski Champ, le racer de descente qui mérite plus d’amour
Ski Champ est le premier véritable jeu de course de cette liste. Son concept est simple et redoutablement efficace : quatre skieurs s’élancent vers le bas de la montagne, avec des chemins alternatifs à choisir en cours de descente.
Ces bifurcations rappellent fortement Out Run, avec une petite règle supplémentaire : il faut être en tête du groupe pour décider de l’itinéraire. Si un adversaire est devant, c’est lui qui choisit pour tout le monde.
Le contrôle d’arcade original repose sur une paire de skis, mais le jeu se transpose étonnamment bien à une manette. La direction est basique, les virages peuvent être accentués, et l’on peut se pencher vers l’avant ou l’arrière pour augmenter ou réduire la vitesse.
Ce qui fait vraiment mouche, c’est l’ambiance visuelle. Forêts en flammes, glaciers, neige, montagnes et pistes extravagantes donnent au jeu une identité très SEGA, avec une esthétique qui évoque certains des meilleurs titres Dreamcast. Les personnages sont moins marquants, mais les musiques jazzy et funky sont du pur bonheur.
Ski Champ n’est pas particulièrement profond, et ses quelques parcours se terminent assez vite. Pourtant, pendant le temps qu’il dure, il est difficile de ne pas s’amuser comme un gosse.
5. Dirt Devils, l’arcade tout-terrain à l’état brut
Dirt Devils est un véritable banger. Cet off-road arcade propose un excellent roster de véhicules très différents et des circuits beaucoup plus riches que leurs petits schémas ne le laissent croire.
Le premier tracé ressemble à un simple ovale, le second à un huit. En réalité, ces pistes sont remplies de montées, descentes, sauts, pièges d’eau, boue et talus servant de raccourcis. Il y a toujours quelque chose à négocier.
Lors des premières tentatives, suivre l’intelligence artificielle est une très bonne idée. Les autres pilotes révèlent les lignes les plus rapides et les raccourcis essentiels. Ensuite, il faut apprendre à les maîtriser sans finir dans le décor.
L’IA est plus agressive et plus dynamique que dans beaucoup de racers SEGA classiques. Les véhicules ont également des comportements réellement distincts. Aucun ne semble écraser tous les autres, chacun ayant ses forces et ses faiblesses. Trouver sa machine favorite devient donc important.
Visuellement, Dirt Devils est coloré, lumineux et totalement décomplexé. Toute tentative de réalisme a été joyeusement jetée par la fenêtre, et c’est exactement ce qu’il fallait faire. Ajoutez une bande-son rock très accrocheuse, et vous obtenez un incontournable qui aurait mérité une version Dreamcast plus ambitieuse.
4. Daytona USA 2, une suite difficile à apprivoiser
Oui, Daytona USA 2 seulement à la quatrième place. Le premier Daytona USA reste presque intouchable pour moi, notamment grâce à des souvenirs très personnels entre salles d’arcade et conversions domestiques. La suite partait donc avec une sacrée pression sur les épaules.
Ma première expérience avec Battle on the Edge ne m’avait pas convaincu. Les circuits semblaient trop fantaisistes, le drift paraissait étrange, la musique ne frappait pas comme celle de l’original et l’absence de la Hornet iconique faisait mal.
Puis est arrivée Power Edition, une révision qui a tout changé. Le drift s’y déclenche plus facilement et de façon plus cohérente. À partir de là, le jeu s’est enfin mis à cliquer.
Les deux versions ont leurs particularités. Dans Battle on the Edge, l’ovale et son immense ciel artificiel, ses cascades et son côté complètement barré peuvent dérouter. Aujourd’hui, c’est justement ce culot qui me plaît. Power Edition propose un speedway plus agréable à jouer, mais un peu moins fou.
Le parcours avancé est un modèle de conception. Son rythme, ses changements de décor et sa traversée de zones de parc d’attractions le rendent immédiatement mémorable. Le troisième circuit revient davantage vers une ambiance proche de Seaside Street Galaxy, même s’il possède un peu moins de personnalité.
Graphismes et son sont difficiles à prendre en défaut dans les deux versions. Après Scud Race, Daytona USA 2 est probablement l’une des meilleures vitrines de la puissance du Model 3. La musique n’atteint pas l’aura de la bande-son du premier Daytona, mais franchement, quelle bande-son aurait pu rivaliser avec ça ?
3. Le Mans 24, le joyau sous-estimé
Le Mans 24 n’est peut-être ni le plus beau ni le plus iconique des jeux Model 3. Il n’a pas non plus le niveau de production des mastodontes de cette liste. Mais quel plaisir de conduite.
Comme souvent chez SEGA, une discipline qui ne devrait pas vraiment se prêter au drift finit par en avoir un. Ici, les glissades ne servent que dans quelques virages. L’essentiel repose sur les trajectoires, la précision et la capacité à garder de la vitesse. Les deux circuits sont formidables.
Le jeu adopte une progression de difficulté comparable à celle de Daytona et Scud Race. Il vaut mieux commencer en facile, puis grimper vers avancé et expert à mesure que le modèle de conduite devient naturel. Il existe même une voiture Sonic the Hedgehog cachée, une machine totalement loufoque et étonnamment amusante à conduire.
La pièce maîtresse reste toutefois le mode endurance 24 heures. En passant par le menu de service et en réglant toutes les options sur leurs durées maximales, on obtient une course d’environ dix-huit minutes avec stands, changements météorologiques, passage du jour à la nuit et une grille de quarante voitures.
Il ne suffit pas de dépasser des concurrents anonymes. Des rivaux persistent autour de vous. Les doubler donne du temps bonus, retomber derrière eux en fait perdre. Des incidents de piste sont également annoncés et doivent être évités. Les accidents sont si ridicules qu’ils deviennent immédiatement géniaux.
Le Mans 24 est un trésor Model 3 trop souvent oublié au profit de noms plus énormes. Il mérite largement sa place sur le podium.
2. SEGA Rally 2, une relation compliquée devenue essentielle
SEGA Rally 2 aurait très facilement pu être numéro un. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. La version Dreamcast, avec ses commandes lourdes, son rendu terne et ses performances décevantes, ne donnait pas vraiment envie de lui accorder du temps. Même l’ajout du frein à main ne passait pas.
La version arcade a remis les pendules à l’heure. Plus tard, la version PC est devenue le choix idéal à domicile. Entre cette édition et l’original Model 3, SEGA Rally 2 a fini par grimper très haut dans mon estime.
Graphiquement, il fait partie des meilleurs jeux de la machine. Il possède ce style SEGA Rally à la fois rugueux et lumineux, qui a remarquablement bien vieilli. Les modèles de voitures sont superbes et les quatre environnements forment une sélection très solide :
- Desert, aussi convaincant que le désert du premier épisode.
- Mountain, probablement le parcours le plus exigeant.
- Snowy, une piste enneigée très satisfaisante.
- Riviera, une conclusion idéale avec son ambiance urbaine nocturne.
La conduite est en or. Le jeu a tendance à verrouiller la voiture dans une dérive, et il faut travailler pour en ressortir. Il est donc plus glissant et moins ancré au sol que le SEGA Rally original. Aujourd’hui, c’est précisément ce qui lui donne une personnalité unique.
Et puis il y a cette bande-son. Chaque morceau est accrocheur, identifiable, totalement improbable pour un jeu de rallye, et pourtant absolument parfait. Du SEGA pur jus.
1. Scud Race Plus, le roi absolu du Model 3
Scud Race, aussi connu sous le nom de SEGA Super GT, était déjà excellent. Scud Race Plus le rend tout simplement difficile à contester. L’ajout du circuit Super Beginner, délicieusement étrange, fait de cette version la référence et rend l’originale beaucoup moins indispensable.
Peu de racers d’arcade qui n’ont jamais reçu de véritable conversion domestique sont restés aussi mythiques. Pour beaucoup, Scud Race définit carrément l’ère Model 3.
Le résultat visuel reste stupéfiant. Les textures sont magnifiques, la géométrie des circuits est superbement pensée, et les éclairages sont souvent suggérés avec une intelligence folle. Les reflets stylisés sur les carrosseries conservent aussi énormément de charme. Côté son, les morceaux vocaux et les beats sont incroyablement accrocheurs.
Mais tout ça ne serait rien sans le gameplay. Scud Race demande de comprendre son langage :
- Relâcher l’accélérateur suffit souvent à amorcer la dérive.
- Le contre-braquage et la gestion précise des gaz font le reste.
- Il vaut mieux freiner avant le virage, pas pendant la dérive.
- Une direction trop brutale peut provoquer un tête-à-queue, comme dans Virtua Racing.
- Chaque voiture possède un comportement distinct et représente presque un niveau de difficulté à part entière.
Le jeu est profond pour un racer d’arcade, très profond même. La maîtrise ne vient pas vite. Il est parfaitement possible de rester loin du podium, y compris en difficulté facile, et de continuer à prendre un plaisir énorme à chaque course.
Ses pistes savamment construites, ses voitures exigeantes et sa conduite impitoyable résument parfaitement l’école SEGA : peu de voitures, peu de circuits, mais assez de matière pour travailler ses lignes pendant une éternité. C’est dur, parfois injuste, mais absolument en or.
Scud Race Plus est le meilleur jeu de course SEGA Model 3. Il y a même un argument très sérieux pour dire que c’est l’une des meilleures choses jamais produites sur ce hardware, tout simplement.
Et Boat Race GP ?
Il faut tout de même mentionner Boat Race GP. Ce jeu de course nautique Model 3 reste incroyablement insaisissable. À ma connaissance, il n’a pas été dumpé et l’on ne connaît qu’une poignée d’images et de séquences montrant le jeu en fonctionnement.
Le peu qui existe suffit à alimenter les fantasmes de passionnés. Pour l’instant, Boat Race GP reste hors classement, mais il demeure une partie fascinante de l’histoire Model 3. Il est possible d’apercevoir cette rareté dans cette séquence de Boat Race GP.
Un catalogue Model 3 hors normes
Le Model 3 n’a pas produit uniquement des vitrines techniques. Il a offert des jeux avec une identité forte, des prises de risque, des commandes exigeantes et cette capacité typiquement SEGA à faire passer le plaisir immédiat avant toute idée de réalisme strict.
Du délire motocycliste de Harley-Davidson & L.A. Riders à la maîtrise quasi infinie de Scud Race Plus, cette machine a laissé derrière elle une collection de racers d’arcade qui restent fantastiques aujourd’hui. Et avec Daytona USA 2, SEGA Rally 2, Le Mans 24 et Dirt Devils dans le lot, difficile de ne pas considérer le Model 3 comme l’un des plus grands hardware de course jamais conçus.