Jouer à un jeu de tennis sur un oscilloscope, affronter un ami dans l’espace en 1962, retrouver Sonic sur Mega Drive ou lancer Doom sur un bon vieux PC gris : voilà le programme de Super Vieux Jeux, notre exposition retrogaming à Cap Sciences, à Bordeaux.
Avec l’association Musée Replay, cela fait maintenant dix ans que nous organisons des expositions à Cap Sciences. Nous avons souvent exploré des thèmes bien précis. Cette fois, nous avons choisi une sorte de best of : les machines et les jeux qui fonctionnent particulièrement bien dans nos différentes expositions, réunis dans le fablab pour un parcours accessible à tous.
L’idée n’est donc pas de dénicher uniquement des curiosités obscures. Nous avons surtout envie de faire retrouver de bons souvenirs aux uns et de permettre aux plus jeunes de découvrir ces classiques dans leurs conditions de jeu d’origine. Avec, au passage, quelques incursions dans la préhistoire du jeu vidéo qui valent vraiment le détour !
Des machines à jouer, mais aussi à comprendre
Une exposition de vieux jeux, ce n’est pas seulement une rangée d’écrans et de manettes. À côté des postes, nous présentons l’histoire des machines et leurs caractéristiques techniques. Cela permet de mesurer les différences entre les générations et de comprendre le chemin parcouru.
Certains espaces prennent la forme de petits bureaux reconstitués. Affiches de cinéma, téléphone, lampe, publicités et accessoires replacent les ordinateurs dans leur époque. Des spots publicitaires anciens tournent également en boucle sur un vidéoprojecteur. Ces réclames, parfois assez improbables, font pleinement partie de l’ambiance.
Le parcours associe du matériel d’époque, des restaurations et des reconstitutions. Cette distinction compte, notamment pour les jeux les plus anciens : nous n’avons évidemment pas installé un véritable PDP-1 dans le fablab ! En revanche, nous avons travaillé pour restituer au mieux les sensations de ces premiers jeux.
À l’entrée, Ms. Pac-Man sur grand écran
Le premier accueil se fait avec un Commodore 64 Ultimate qui fait tourner Ms. Pac-Man. Cette machine est particulièrement pratique en exposition, notamment pour la connexion à un vidéoprojecteur.
Résultat : on peut retrouver les labyrinthes de ce grand classique sur un grand écran, joystick en main. Une manière très directe d’entrer dans le sujet, avant de consulter le panneau consacré au Commodore 64 et à ses capacités.
1958 : Tennis for Two, le tennis avant les consoles
Bien avant Pong, il y avait déjà des jeux électroniques interactifs. Tennis for Two a été présenté en 1958 au laboratoire national de Brookhaven, aux États-Unis, à l’occasion de journées portes ouvertes.
À l’origine, le dispositif reposait sur un ordinateur analogique et affichait le jeu sur un oscilloscope. Notre reconstitution reprend ce principe d’affichage. Visuellement, on est très loin d’un jeu de sport moderne, mais il y a déjà de quoi organiser un vrai duel à deux.
Chaque personne dispose d’un petit boîtier de commande. Le fonctionnement demande un peu d’apprentissage :
- Un bouton rotatif règle l’angle de frappe, entre une trajectoire plus haute et une frappe plus tendue.
- Un bouton poussoir permet d’envoyer la balle.
- L’adversaire choisit à son tour son angle et doit appuyer au bon moment pour renvoyer.
C’est assez particulier à prendre en main. On ne retrouve pas immédiatement les automatismes acquis sur une console, et c’est justement ce qui rend l’expérience intéressante. Pouvoir essayer ce type de jeu permet de se représenter concrètement ce que pouvait être une partie en 1958.
1962 : Spacewar!, un duel spatial déjà fascinant
Autre étape essentielle avant Pong, sorti en 1972 : Spacewar!, conçu en 1962 pour le PDP-1. Ce dernier était qualifié de mini-ordinateur, ce qui peut faire sourire aujourd’hui. Il était surtout petit en comparaison des énormes ordinateurs des années 1940 et 1950.
Pour ce poste, nous avons reconstitué l’environnement visuel de la machine, notamment son écran circulaire. Une machine à écrire IBM rappelle aussi le modèle qui servait de base au dispositif de communication avec l’ordinateur. Les deux contrôleurs ont été fabriqués spécialement pour l’installation.
Le jeu oppose deux vaisseaux. On peut les faire pivoter, actionner leurs propulseurs et tirer sur l’adversaire. Mais une étoile située au centre de l’écran attire les appareils par gravitation. Il faut donc gérer ses déplacements tout en évitant de se faire aspirer. Dès 1962, il y avait déjà de quoi faire de très belles parties à deux !
Nous avons coopéré avec des spécialistes aux États-Unis pour reprendre le code d’origine du PDP-1 et le faire fonctionner sur un PC moderne. Le décor est une reconstitution, mais le travail sur le programme vise à retrouver aussi fidèlement que possible l’expérience de Spacewar! à ses débuts. C’est un jeu qui a beaucoup compté dans la suite de l’histoire du jeu vidéo.
Les années 1970 : Pong et les premières consoles à cartouches
Notre bartop Pong, fabriqué à l’association
Ce petit meuble, nous l’aimons beaucoup. Nous l’avons entièrement réalisé au sein de Musée Replay autour d’une véritable console Pong des années 1970 qui ne fonctionnait plus très bien. Nous l’avons intégrée dans un bartop, une petite borne à poser sur une table, en reportant les différents réglages sur la façade.
On peut ainsi sélectionner une variante, remettre les scores à zéro ou activer le service automatique. Les molettes permettent ensuite de déplacer les raquettes.
La variante football a un charme tout particulier. Quelques traits, une balle, des raquettes : nous voilà devant une sorte de FIFA de 1975. Il suffit pourtant d’une belle reprise pour se prendre au jeu. Comme quoi, pas besoin de graphismes extraordinaires pour s’amuser à deux.
Atari VCS et Combat : bien plus qu’une bataille de chars
Juste à côté, nous retrouvons une légende des premières consoles à cartouches : l’Atari VCS, avec Combat. C’est une excellente cartouche pour jouer à deux, notamment grâce à ses nombreuses variantes.
J’ai un faible pour l’option 7. Elle propose un affrontement de chars avec des tirs qui rebondissent. Il faut donc chercher le bon angle pour atteindre l’autre joueur, plutôt que simplement lui foncer dessus en tirant droit devant.
La cartouche ne s’arrête pas là. Elle propose aussi des chars invisibles, des combats d’avions et des affrontements impliquant des chasseurs et des bombardiers. Derrière une présentation très simple, il y a vraiment beaucoup de possibilités à explorer.
Les micro-ordinateurs : des bureaux, des joysticks et des souris à boule
Apple II et Lode Runner sur écran ambre
Dans un petit bureau à l’ambiance années 1970, l’Apple II affiche Lode Runner sur un magnifique écran ambre. C’est un très beau jeu des années 1980, et l’ensemble a vraiment une allure particulière avec sa lampe, son téléphone et son affiche de Star Wars.
Nous avons fabriqué un joystick adapté au jeu. Ses deux boutons permettent de creuser à gauche et à droite, ce qui rend les commandes bien plus pratiques. Ce détail rappelle aussi que l’expérience d’un jeu dépend beaucoup du périphérique utilisé, pas seulement de ce qui apparaît à l’écran.
Amstrad CPC 464 et Fruity Frank
Sur l’Amstrad CPC 464, nous avons choisi Fruity Frank, accompagné d’un joystick Speed King. Ce jeu dans l’esprit de Mr. Do! est une excellente proposition arcade sur cette machine. Il avait vraiment de quoi impressionner à son époque, et reste très plaisant à pratiquer.
Le poste utilise une carte CPC Pico que Rodrig nous a permis d’essayer en avant-première. Elle simplifie la mise à disposition du jeu sur le CPC, sans passer par une solution Gotek avec lecteur externe. En exposition, ce genre de petit équipement est particulièrement appréciable.
Atari ST et Arkanoid II : retrouver le toucher de la souris à boule
Un autre bureau, cette fois dans l’esprit de la fin des années 1980, accueille un Atari ST et Arkanoid II: Revenge of Doh. La machine installée est un Atari 1040 STF.
Le jeu se contrôle à la souris. Retrouver les sensations d’une souris à boule fait partie du plaisir, même si cela ne rend pas la partie facile pour autant. Lorsque la balle commence à accélérer, il faut suivre ! Le premier Arkanoid comme cette suite restent des classiques très agréables à reprendre.
Macintosh SE et Shufflepuck Café
Le panneau historique revient sur le Macintosh de 1984, mais le modèle présenté est un Macintosh SE, sorti un peu plus tard. Il appartient à cette famille des Macintosh compacts dont l’écran noir et blanc offre un affichage très précis.
Nous y proposons Shufflepuck Café. Après avoir choisi un adversaire, on déplace sa raquette avec la souris pour renvoyer le palet et marquer dans le camp opposé. Le principe paraît immédiatement accessible. En pratique, certains adversaires ne vous laissent pas beaucoup de temps pour vous échauffer !
Un petit coin arcade : Bubble Bobble et Badlands
Impossible de proposer ce parcours sans un passage par les bornes d’arcade. Nous avons installé une reproduction de borne Taito des années 1980 avec Bubble Bobble. Un panneau explique également le principe de l’arcade à celles et ceux qui n’ont pas connu ces machines dans leur contexte d’origine.
L’autre borne est une Atari Badlands. Greg nous l’avait donnée alors qu’elle était en mauvais état, et nous l’avons entièrement restaurée. Aujourd’hui, elle fonctionne parfaitement et remporte un joli succès.
Badlands se joue à deux en simultané, avec deux volants et des pédales d’accélérateur. La course se déroule sur un circuit vu de dessus. On peut tirer sur son concurrent, récupérer des bonus et tenter de prendre l’avantage par des moyens pas toujours très sportifs.
Dans l’esprit, c’est un peu un Mario Kart avant l’heure. Et surtout, c’est le genre de jeu dont on comprend très vite l’intérêt en s’installant côte à côte devant la borne.
Doom sur PC : le charme de la tour grise
Le bureau PC évoque la grande vague des compatibles IBM PC, entre la fin des années 1980 et les années 1990. Nous retrouvons la classique tour grise, ses lecteurs de disquettes 5,25 pouces et 3,5 pouces, son bouton Turbo, son clavier et ses enceintes d’époque.
Le jeu choisi est Doom, le classique de 1993. La configuration a été montée, de mémoire, autour d’un Pentium avec une carte 3dfx. Précision importante : Doom ne tire pas parti de cette carte accélératrice. Elle n’est donc pas ce qui fait l’intérêt de la démonstration. Le plaisir est surtout de retrouver ce jeu sur un PC d’époque, avec l’ensemble de son environnement matériel.
Les enceintes ont d’ailleurs du répondant, au point que nous gardons le volume assez bas. Un Minitel complète le décor sur l’étagère, tandis qu’un panneau revient sur l’apparition et l’histoire des compatibles IBM PC.
De Mario à Sonic, puis à la 3D sur PlayStation et Dreamcast
NES et Mega Drive : les classiques assumés
Une NES avec Super Mario Bros. : difficile de faire plus évident, et c’est précisément le but. Nous ne cherchons pas ici à surprendre systématiquement les spécialistes avec un titre oublié. Retrouver Mario sur sa console, avec sa manette et un téléviseur, reste une très bonne porte d’entrée dans le retrogaming.
Les publicités d’époque ajoutent leur petite touche, avec une représentation du jeu vidéo familial qui mérite aussi le coup d’œil.
Même logique pour la Sega Mega Drive et Sonic. Ceux qui ont possédé la console retrouvent immédiatement leurs souvenirs. Les plus jeunes peuvent, eux, découvrir la version d’origine sur le matériel pour lequel elle a été conçue. C’est tout l’intérêt de ce choix de grands classiques.
PlayStation et Tekken 3 : le changement de génération
La première PlayStation est représentée par Tekken 3. Il illustre bien le changement de génération et la place prise par la 3D, avec des capacités très différentes de celles des consoles 8 bits et 16 bits précédentes.
Comme pour les autres postes, les visuels, les explications historiques et les caractéristiques techniques donnent des repères pour comprendre ce saut, au-delà de la simple différence d’apparence entre les jeux.
Dreamcast et Crazy Taxi : une magnifique console
Nous avons aussi installé une Sega Dreamcast avec Crazy Taxi. Quelle magnifique console ! Ce poste prolonge le parcours avec une autre proposition de jeu, immédiatement reconnaissable.
Le panneau rappelle également sa campagne publicitaire assez improbable, qui jouait sur les stéréotypes associés aux différents pays. Ces publicités racontent, à leur façon, une autre partie de l’histoire des consoles : celle de leur image et de la manière dont on cherchait à les vendre.
Deux frises pour remettre toutes ces machines dans l’ordre
Au milieu de ces expériences, notre grand totem chronologique offre une vue d’ensemble. Une face est consacrée aux ordinateurs personnels, l’autre aux consoles de salon.
Il ne s’agit pas de tout présenter. Il existe des centaines, voire des milliers de modèles d’ordinateurs, et il a bien fallu faire une sélection. La frise permet néanmoins de suivre, année après année, les grandes machines qui ont marqué l’histoire de l’informatique personnelle.
La face consacrée aux consoles suit le même principe, avec une sélection qui donne un bon aperçu de leur évolution. Ce totem plaît beaucoup : on y cherche la machine que l’on a possédée, puis on découvre celles qui l’ont précédée ou qui existaient au même moment.
Super Vieux Jeux à Bordeaux : les informations pratiques
Cette exposition célèbre surtout dix ans de collaboration entre Musée Replay et Cap Sciences. Dans un espace qui reste limité, nous avons voulu réunir une quinzaine de postes jouables et des expériences très différentes, du réglage d’une trajectoire sur Tennis for Two aux affrontements en 3D de Tekken 3.
- Lieu : le fablab de Cap Sciences, à Bordeaux.
- Période : pendant toutes les vacances de la Toussaint 2026.
- Horaires : tous les jours de 14 h à 18 h.
- Public : en famille, seul ou accompagné, pour retrouver des souvenirs ou découvrir ces jeux pour la première fois.
Au-delà des parties, ce sera aussi l’occasion de discuter avec nous de vieilles consoles, de vieux jeux vidéo et de vieux ordinateurs. C’est ce mélange de jeu, de découverte et d’échanges qui nous fait toujours autant plaisir après dix ans d’expositions.
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