Jouer à un jeu rétro, ce n’est pas seulement relancer une vieille cartouche. Pour moi, c’est revenir à une époque qui n’existe plus. Une époque d’insouciance, où l’on pensait surtout aux prochaines vacances, aux cadeaux de Noël et au jeu qu’on espérait recevoir pour son anniversaire.
Ma passion pour SEGA est née très simplement, comme beaucoup d’histoires de joueurs des années 1990. Mais elle a fini par prendre une place énorme dans ma vie : onze consoles, plus de 500 jeux, des bornes d’arcade, des magazines et une pièce entière consacrée à cet univers. Ce n’est pas une collection pensée comme un placement. C’est un rêve de gosse que j’ai essayé de réaliser, objet après objet.
Tout a commencé avec une Master System et un jeu de moto
Quand j’étais enfant, j’aimais surtout les Lego. J’étais plutôt discret, dans mon monde, et je pouvais passer des heures à construire seul. Puis, à Noël, mon grand frère a reçu une Master System, la première grande console SEGA sortie en France.
La console était branchée sur la télévision familiale, parce qu’il n’y en avait qu’une à la maison. Avec elle, il y avait Hang-On, ce jeu de moto qui m’a marqué immédiatement. À partir de là, j’ai découvert quelque chose de complètement différent d’un film ou d’une série : je ne regardais plus simplement l’écran, j’agissais dessus.
Cette interaction a tout changé. La manette entre les mains, seul devant l’écran, j’entrais dans mon univers. La console est aussi devenue un lien avec mon frère. Plus tard, il y a eu des après-midis avec des amis et des voisins autour de la télé, mais le jeu vidéo est resté avant tout un plaisir personnel, une échappée vers d’autres mondes.
À l’époque, dans une famille de classe moyenne, les jeux n’arrivaient pas toutes les semaines. On recevait un ou deux titres à Noël ou pour un anniversaire, et c’était déjà énorme. Cette contrainte avait quelque chose de précieux : les jeux, on les recommençait, on les finissait, on les connaissait par cœur.
Pourquoi SEGA plutôt que Nintendo ?
Il y avait bien sûr Nintendo, omniprésent à l’époque, avec une image plus familiale. Mais SEGA a su parler à une génération qui voulait quelque chose de plus nerveux, plus adolescent, plus rebelle. Leur marketing était redoutable.
Les publicités à la télévision, les pages de magazines, le slogan « SEGA, c’est plus fort que toi » : tout cela me ciblait directement. À cet âge-là, les pubs avaient un impact monstrueux. Elles donnaient l’impression que SEGA proposait un univers plus agressif, plus rapide, plus cool.
La Mega Drive a renforcé ce sentiment. Son design, son côté sombre, ses lignes marquées, son image de machine puissante, tout participait à cette identité. Et puis il y a eu Sonic.
Sonic, la vitesse et la claque Mega Drive
Sonic the Hedgehog a été une révolution. Tout était réuni : une animation très rapide et fluide, une jouabilité immédiate, des décors colorés, une vraie sensation de vitesse et un héros reconnaissable entre mille.
J’ai découvert Sonic d’abord sur Master System, puisque nous avons gardé cette console longtemps avant de passer à la Mega Drive. Mais Sonic 1 sur Mega Drive, c’est vraiment le jeu où tout semblait parfait. Le gameplay était nickel, l’univers fonctionnait, les niveaux donnaient envie d’avancer et la musique restait dans la tête.
Encore aujourd’hui, entendre la musique du premier niveau suffit à me ramener instantanément à l’enfance. Ce n’est pas juste de la nostalgie pour un personnage bleu. C’est le souvenir d’un moment où l’on pouvait se concentrer uniquement sur le jeu et oublier tout ce qu’il y avait autour.
Le rêve de gosse devenu une collection SEGA
Le vrai côté collection est arrivé une fois adulte, avec les premières payes. Enfant, je regardais les magazines en rêvant devant les tests et les publicités. Il y avait tant de jeux que j’aurais voulu essayer, mais ils coûtaient souvent entre 400 et 500 francs. C’était énorme.
Il restait alors les images dans les magazines, les reportages à la télévision et l’imagination. Je voyais ces boîtes, ces captures d’écran, ces personnages, et j’avais l’impression de manquer tout un monde.
Quand j’ai commencé à travailler, le marché du jeu rétro n’avait rien à voir avec celui d’aujourd’hui. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, on pouvait encore trouver beaucoup de titres d’occasion à prix raisonnable dans les magasins spécialisés, les petites annonces et sur les débuts d’internet.
Des familles vidaient leurs greniers pour faire de la place sans forcément savoir qu’elles avaient entre les mains ce qui deviendrait, des années plus tard, des objets recherchés. C’était une période idéale pour construire une collection sans devoir dépenser des sommes folles.
La quête du full set PAL
Ma collection est principalement orientée vers le marché PAL, c’est-à-dire les jeux sortis en Europe. Certains puristes préfèrent les versions japonaises ou américaines, mais les jeux européens sont ceux que j’ai connus à huit ans. C’est donc naturellement vers eux que je me suis tourné.
J’ai essayé tous mes jeux. Je ne les ai pas forcément terminés, mais je voulais les lancer, les découvrir et savoir lesquels correspondaient à mes goûts. Mon objectif a longtemps été de me rapprocher du full set, autrement dit de posséder la totalité, ou presque, des jeux disponibles sur une machine donnée.
Ce qui peut sembler absurde de l’extérieur fait partie de la logique du collectionneur : il y a toujours un titre manquant, une boîte dans un meilleur état, une édition que l’on n’a pas encore. Une fois l’objet trouvé, la joie est réelle, mais elle est rapidement suivie par une nouvelle quête.
La collection, c’est cette recherche permanente. Toute ma vie, quelque part, j’ai cherché les jeux que je n’avais pas encore.
Collectionner sans confondre passion et spéculation
Les bonnes affaires sont devenues plus rares. Il existe encore des boutiques rétro gaming, et c’est toujours un plaisir de s’y promener, mais les prix n’ont plus rien à voir avec ceux d’avant. Je préfère désormais attendre et tomber sur la bonne occasion plutôt que de faire les vide-greniers au pas de course dans l’espoir d’être le premier arrivé.
La spéculation fait aussi partie du problème. Beaucoup de jeux sont présentés comme rares alors qu’en regardant les réseaux sociaux et les sites de vente, on constate qu’ils ne le sont pas tant que ça. Les prix paraissent souvent injustifiés, surtout pour des titres qui ne sont pas forcément extraordinaires à jouer.
Pour donner un repère, une copie complète de Sonic the Hedgehog sur Mega Drive, en bon état, ne devrait pas dépasser 50 euros à mes yeux. Au-delà, cela commence à devenir exagéré.
J’ai moi-même fait des folies. Le plus gros achat a été Batman and Robin sur Mega-CD, payé plus de 450 euros. Avec le recul, je ne recommencerais pas. Le jeu ne mérite même pas cette somme. Ce que j’ai payé, ce n’était pas vraiment l’expérience de jeu, c’était le plaisir de posséder une pièce difficile à trouver, une sorte de graal que peu de gens avaient.
Au total, je pense avoir dépensé bien au-delà de 20 000 euros, peut-être entre 20 000 et 25 000 euros. Cela peut sembler indécent, et je comprends parfaitement qu’on le voie ainsi. Mais je n’ai pas de regret. Une passion, c’est aussi accepter que certaines priorités ne soient pas celles des autres.
Les consoles SEGA qui ont marqué une époque
SEGA vient de « Service Games ». L’entreprise a été créée par David Rosen au début des années 1950 et installait d’abord des machines de jeu et des flippers dans des bases militaires américaines. Elle s’est ensuite développée dans l’arcade avant de se lancer dans les consoles de salon.
En France, la Master System a été l’une des premières grandes consoles avec la NES. Mais s’il ne devait rester qu’une machine dans l’histoire de SEGA, je choisirais sans hésiter la Mega Drive.
C’est elle qui a le plus marqué les esprits, qui a connu le plus grand succès et qui représente le mieux l’identité de la firme. SEGA a d’ailleurs voulu la faire durer aussi longtemps que possible en lui ajoutant des extensions :
- Le Mega-CD, qui apportait le support CD et des bandes-son beaucoup plus travaillées.
- Le 32X, conçu pour augmenter la puissance de la console.
- La Saturn, arrivée dans une concurrence beaucoup plus rude face à la première PlayStation.
- La Dreamcast, dernière console SEGA, dont la production s’est arrêtée en 2001.
Ces assemblages pouvaient devenir de véritables usines à gaz, avec des câbles et des adaptateurs partout. Mais c’est aussi ce qui donne aujourd’hui un charme particulier à ces machines. Nos téléphones sont largement plus puissants, évidemment, mais ils ne procurent pas la même sensation lorsqu’on branche une console, qu’on insère un jeu et qu’on entend les premiers sons du démarrage.
La Dreamcast, une fin magnifique
La Dreamcast reste une console très importante dans mon parcours. J’en possède notamment une version japonaise, achetée pour accéder à des jeux non sortis en Europe.
Elle a aussi représenté une porte d’entrée vers internet. À l’époque, avant eBay, je pouvais me connecter avec la Dreamcast et naviguer sur des sites comme iBazar pour acheter des jeux Mega Drive, Saturn ou 32X à des prix encore abordables. C’était une autre époque du web et du rétro gaming.
Pour moi, l’un des derniers grands cadeaux de la Dreamcast s’appelle Rez. C’est un rail shooter porté par une ambiance électronique incroyable. Le jeu dure environ une heure, mais je l’ai terminé des dizaines de fois tant il me plaisait.
Bien plus tard, retrouver Rez en réalité virtuelle a été une véritable claque. Cette fois, je n’étais plus face à l’écran, j’étais dans le jeu. Voilà une évolution qui m’a vraiment parlé : non pas simplement plus de réalisme, mais une nouvelle façon de ressentir l’immersion.
Terminator sur Mega-CD : mon jeu préféré
Parmi tous les jeux de ma collection, mon préféré reste Terminator sur Mega-CD. C’est celui auquel j’ai encore joué récemment, et il représente tout ce que j’aime dans le jeu vidéo rétro.
Il y a d’abord la musique, particulièrement travaillée grâce au support CD. Il y a ensuite les graphismes, la jouabilité, les animations et le gameplay de run and gun, entre plateforme et action. Et puis il y a l’univers de Terminator, qui me plaît énormément.
Les jeux modernes sont bien sûr plus réalistes. Mais ils ne remplacent pas forcément ce que j’éprouve devant ces anciens titres. Le rétro gaming ne se réduit pas à une question de performances techniques. C’est une ambiance, un rythme, une esthétique et une mémoire.
Pourquoi les jeux rétro procurent encore autant de plaisir
Je peux prendre du plaisir avec des jeux récents, mais ce n’est pas la même chose. Quand je joue à un jeu rétro, je reviens dans les années 1990. Je retrouve une période plus légère, sans internet omniprésent, sans flux constant d’informations et sans ce sentiment anxiogène que l’on peut ressentir aujourd’hui.
Le plaisir tient aussi aux gestes. Choisir une cartouche au hasard sur une étagère, ouvrir la boîte, brancher la console, entendre le clic, attraper une manette et se laisser absorber par l’écran pendant quelques heures. Ce sont des gestes simples que l’on ne retrouve plus forcément dans le jeu dématérialisé.
Une collection n’est donc pas seulement un alignement d’objets. Chaque boîte peut déclencher un souvenir, chaque musique peut ramener à une période précise, chaque console peut rappeler la promesse d’un Noël ou d’un mercredi après-midi.
Sonic reste une icône de la pop culture
Sonic n’a jamais vraiment disparu. Le personnage est revenu dans les films, dans les produits dérivés et dans toute la culture populaire. Cela me fait plaisir de le voir encore présent, même si l’objectif reste évidemment de faire vivre une licence rentable.
J’avais quelques craintes avant les premiers films Sonic, surtout en découvrant les premières images. Finalement, j’ai été agréablement surpris. Les trois films ont été un régal, au point d’aller les voir en 4DX.
Si je devais conseiller un jeu à quelqu’un qui connaît surtout Nintendo et son célèbre plombier, je dirais tout simplement : essaye Sonic. Et surtout, sois curieux. SEGA, ce n’est pas seulement une mascotte. C’est une multitude de styles, d’univers et de machines qui permettent de ne jamais s’ennuyer.
Émulation et mini-consoles : rester attentif à la qualité
Aujourd’hui, il est possible de faire tenir une immense ludothèque dans un petit boîtier. J’ai moi-même regroupé de nombreux jeux SEGA dans une solution compacte. C’est assez fou de voir qu’un logement de 10 m² peut contenir virtuellement des millions de jeux.
Mais toutes les machines ne se valent pas. Les produits officiels, comme certaines mini-consoles commercialisées par SEGA, sont généralement fiables et agréables à utiliser. En revanche, beaucoup de petites consoles génériques promettant des milliers de jeux peuvent décevoir.
Les problèmes les plus fréquents concernent :
- une émulation imprécise ;
- un son médiocre ;
- des ralentissements ou des défauts d’affichage ;
- des manettes peu confortables ;
- une qualité de fabrication insuffisante.
Pour retrouver les sensations d’origine, mieux vaut privilégier un produit officiel ou une solution dont la qualité est reconnue. La quantité de jeux affichée sur la boîte ne garantit jamais la qualité de l’expérience.
SEGA, Nintendo et la rivalité qui a marqué les années 1990
La rivalité entre SEGA et Nintendo a été immense dans les années 1990. Elle a certainement nourri le marketing, les discussions de cour de récréation et l’identité des deux marques. Mais, personnellement, je ne l’ai jamais vécue comme une guerre permanente.
Il y avait tellement de choses à découvrir chez SEGA, tant de styles de jeux et tant d’univers différents, que je ne me suis jamais ennuyé. Je suis resté fidèle à cette marque parce qu’elle correspondait à mes goûts, pas parce qu’il fallait détester Nintendo.
D’ailleurs, mes meilleurs amis peuvent très bien être fans de Nintendo. Je reconnais volontiers la force de Nintendo, qui a réussi à rester présent avec ses consoles alors que SEGA a quitté le marché du hardware. Aujourd’hui, les grandes machines de salon sont principalement la PlayStation, la Xbox et la Switch. Imaginer une nouvelle console SEGA serait fou, mais je n’y crois pas vraiment.
Une passion qui trouve sa place dans la vie quotidienne
Une telle passion doit aussi cohabiter avec le reste de la vie. Avec Delphine, c’est simple : quand je suis plongé dans SEGA, elle avance sur ses propres passions. Nous essayons de nous accorder pour partager un maximum de choses, et parfois elle participe même à mes quêtes sur écran.
Je ne passe pas non plus mes journées à parler de SEGA dans des conventions ou des réunions de collectionneurs. Je partage parfois sur quelques groupes Facebook et je regarde beaucoup de contenus de passionnés qui connaissent l’histoire de la marque bien mieux que moi. Je ne me considère pas comme un historien de SEGA. Je vis simplement cette passion à ma façon.
La valeur d’une collection ne se compte pas seulement en euros
Je ne saurais pas donner la valeur exacte de toute ma collection. Les prix changent constamment et le marché peut monter comme descendre. Dans vingt ans, elle pourrait peut-être contribuer à payer une maison. Ou ne plus rien valoir. Personne ne peut le savoir.
Si un incendie détruisait tout, ce ne serait pas l’argent qui me ferait le plus mal. Ce seraient les objets eux-mêmes. Les consoles, les jeux, les magazines et toutes les petites choses accumulées au fil du temps portent une valeur sentimentale impossible à estimer.
Cette collection me suivra aussi longtemps que possible. Peut-être qu’elle continuera à grandir. Peut-être qu’un jour elle passera à quelqu’un d’autre. Mais aujourd’hui encore, le plaisir est intact : prendre une cartouche, la regarder, choisir une console, lancer une partie et retrouver, pendant quelques heures, l’enfance du petit Laurent.
SEGA, c’est vraiment plus fort que moi.